Par Joseph Pierre LAMOTHE
17 octobre :
Journée nationale de commémoration de l’assassinat de l’Empereur Jacques 1er
et non de célébration
17 octobre 1806 – 17 octobre 2009, 203 années depuis qu’un acte pervers scissionniste a mis fin à la vie du Père fondateur de la Patrie haïtienne, Jean Jacques Dessalines Le Grand, accédé au rang d’Empereur d’Haïti, sous le nom de Jacques 1er, au Pont Rouge, à l’entrée de Port-au-Prince, l’actuelle capitale d’Haïti. Par cet acte, ils ont assassiné celui qui a lutté jusqu’à la victoire contre les ennemis déjà séculaires de la race noire ; ceux-là qui ont cherché par tous les moyens, jusqu’à l’esclavage, pour l’exploiter et l’abêtir. Ils ont assassiné celui qui, grâce à son sens de stratagème, a concrétisé son rêve de fonder la première nation nègre de l’histoire universelle. Ils ont assassiné celui qui a créé la première République noire du monde ; ils ont assassiné celui qui a vaincu les plus odieuses manifestations d’arrogance des puissances impérialistes de l’époque dans leur mépris vis-à-vis du respect des droits de la race humaine, en réalisant, pour le bien de l’humanité l’unique victoire d’une guerre d’indépendance contre un système esclavagiste.
Un être humain d’une telle stature, d’une telle grandeur, imbu d’une telle perspicacité, d’un tel courage a été abattu par ceux-là mêmes qui, comme lui, ont rêvé d’un monde nouveau, et ont lutté à ses cotés pour la libération de la terre d’Haïti, c’est-à-dire, ses propres compagnons d’armes. Quelle manière insolite de défier tout sentiment de solidarité, de camaraderie, toute sensibilité et la compréhension de la gestion du bien commun ? Quelle mauvaise engeance, soufflée par la mesquinerie, par l’intérêt étroit de l’égoïsme ait pu guider ces descendants d’esclaves élevés au rang de chefs incontestables, de décideurs, de bâtisseurs d’avenir, à accomplir cet acte qui les a conduits si loin de l’ouverture de toute vision de grandeur ?
Par cet acte pervers scissionniste, ils ont démoli l’espoir d’Haïti, l’esprit de grandeur d’une nation naissante qui a brillé comme un phare aux yeux et à l’entendement de tous les peuples qui croupissent dans l’esclavage, de tous ceux qui, partout sur la terre, sont privés de liberté.
Ils ont assassiné celui qui a fait de la lutte pour la liberté d’une race sa carrière de vie. Quel sacrifice ne consentirait pas un peuple héritier d’un tel dépôt sacré pour rendre gloire, honneur, mérite, à son chef spirituel, le général Dessalines, s’il lui reste encore des patriotes décidés à œuvrer pour que les idées-forces de l’idéal dessalinien continuent a transformer l’Homme haïtien contemporain en cet instrument nouveau de réparation et de magnificence, devenu plus que jamais important, compte tenu du contexte national et de l’exercice toléré et entretenu d’une intrusion si débridée de l’étranger dans les moindres interstices de la vie nationale.
Il semblerait que ce déni de la souveraineté nationale a enlevé la moelle patriotique du cerveau du peuple haïtien, serait-il devenu un peuple sans âme, zombifié ? Heureusement, certains sursauts nationalistes, quoique isolés, laissent présager encore qu’il lui reste de sa réserve d’héritier de l’idéal dessalinien, suffisamment de valeur et de courage pour extérioriser ce cri de l’âme : « A vos ordres, gouverneur général ! », en réponse à la « Proclamation au Peuple » de Dessalines, celui qui a incarné dès sa naissance le sentiment de liberté, et qui l’a extériorisé quand il eut à dire : « J’ai veillé, combattu, quelque fois seul, et, si j’ai été assez heureux pour remettre en vos mains le dépôt sacré que vous m’aviez confié, songez que c’est à vous maintenant à le conserver. En combattant pour votre liberté, j’ai travaillé à mon propre bonheur. »
Par cet acte pervers scissionniste, ils ont assassiné celui qui nous a donné l’exemple de la persévérance dans le devoir bien fait. Au lieu d’une celebration tous azimuts orchestre de manifestations festives, la date anniversaire du 17 octobre devrait être conçue dans l’idée de relever par des actes hautement symboliques les grands moments caractérisant la vie tumultueuse, agitée et dynamique de Jean Jacques Dessalines esclave, charpentier, insurgé, militaire, officier supérieur, général en chef, Gouverneur général, Empereur Jacques 1er. C’est de cette vie exemplaire d’Homme travailleur, de grand stratège, de visionnaire qu’est émergé l’idéal dessalinien.
Il est plus qu’urgent aujourd’hui de converger la conscience collective vers la renaissance du dessalinisme, quand on se souvient qu’encore une fois, comme une démonstration planifiée dans toute son impertinence, à partir de 2004,l’année même de la célébration du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, des troupes étrangères, comme par hasard, ont repris goût de fouler en masse le sol qui a cultivé le germe de la liberté des peuples opprimés de l’histoire universelle. Ils y sont encore pour le malheur de la souveraineté du pays, royalement méprisée par l’universalité des institutions nationales et internationales qui se complaisent dans la béatification de la présence perverse des forces étrangères sur cette terre d’Haïti.
Ce déni va jusqu’à pousser les dépositaires de ce legs sacré à célébrer, au lieu de commémorer, cet odieux assassinat qui a frappé mortellement le rêve mille fois repris pour créer une terre de prospérité et d’ accueil où tout homme, amant de la liberté et du respect de la race humaine, se sentirait bien à son aise pour y vivre.
Par cet acte aveugle, insensé et égoïste, ils ont assassiné celui qui a conçu cette nation pour être une terre fertile de liberté pour tous les êtres humains. Avec ce parricide ils ont failli assassiner l’idéal dessalinien dans toutes ses composantes qui tendent à faire d’Haïti une nation unie et juste, forte et souveraine, solidaire et généreuse, libre et indomptable, à savoir : « l’Unité nationale et la justice sociale, conçues dans une nette vision de garder intacte, au-delà de l’indépendance, la devise si chèrement acquise de l’ « Union fait la force » qui a valu à l’armée indigène la victoire sur les forces expéditionnaires françaises. »
Avec ce parricide, ils ont voulu piétiner à jamais l’idée de « la construction d’un Etat fort par des moyens économiques et militaires appropriés en vue de sauvegarder la souveraineté nationale. »
La commémoration de ce vil assassinat doit nous faire pencher davantage sur la réalité d’Haïti en toute objectivité dont la pauvreté d’aujourd’hui l’a disqualifiée pour mériter de la pratique de l’interdépendance des nations, alors que l’Empereur Jacques 1er avait brandi comme l’une de ces idées-forces « l’exercice sans équivoque de la solidarité régionale du nouvel Etat vis-à-vis des pays voisins ».
Aujourd’hui plus que jamais il incombe à chaque haïtien de travailler sans relâches à la mise en œuvre de ce quatrième jalon des idées-forces de l’idéal dessalinien, à savoir : « L’idéal de la liberté exprimé par les luttes héroïques et victorieuses des ancêtres qui ont fait d’Haïti ce creuset de la liberté des peuples noirs de la terre et un rempart indomptable de la pratique de l’esclavage sous toutes ses formes. ».
La pratique de l’esclavage prend aujourd’hui la forme de l’occupation de la terre d’Haïti par des forces conjuguées de l’ONU, inspirées par les puissances occidentales qui sont toujours aux aguets d’actions sujettes à dévaloriser les prouesses de nos héros, le prestige de la révolution haïtienne, sa portée universelle et à piétiner l’idéal dessalinien qui a fait de notre terre une référence de toutes luttes contre l’exploitation sous sa forme la plus abjecte, l’esclavage.
La commémoration du 203ème anniversaire de l’assassinat de l’Empereur Jacques 1er doit servir de ferment d’espoir pour que chaque fils de cette terre fasse revivre dans sa conscience la fierté d’appartenir à cette lignée dessalinienne, la détermination de vivre économiquement libre, spirituellement libre et politiquement libre.
Dès l’aube de sa vie de peuple-nation, l’Homme haïtien s’est vu enchevêtré dans un dédale d’ingratitudes comme qui dirait que le souvenir du Fondateur de la nation haïtienne, Jacques 1er doit être à jamais banni, effacé de la mémoire collective, et réduit dans une phase amnésique irréversible.
Ce travail de sape de la mémoire de l’Empereur Jacques 1er visant à extirper du peuple haïtien toute tendance de reconnaissance et de gratitude vis-à-vis de ses œuvres, de ses legs tant matériels qu’immatériels, a été a la base de cette grande confusion alimentée autour du 17 octobre, date ignoble dans l’histoire de notre pays.
En effet, au lieu d’en faire une journée de profondes réflexions sur ce crime insolite, égoïste, insensé ; au lieu d’en faire une journée de sérieuses recherches de voies de réparation comme devoir de mémoire ; au lieu d’en faire une journée de grandes décisions, d’inaugurations d’œuvres importantes pour le bien-être du peuple, une journée dédiée à la recherche de l’application de l’idéal dessalinien afin que la commémoration de l’anniversaire de cet assassinat soit le détonateur d’un réveil patriotique, on a préféré orienter le peuple vers la voie de l’ingratitude, vers le venin de l’oubli ou de l’inversion totale du traitement que mérite cet acte, en faisant de cette journée une célébration au lieu d’une commémoration. On dirait qu’on a voulu enlever à jamais au Peuple haïtien toute possibilité d’enrichir, de renforcer l’œuvre du Fondateur de la Patrie..
Et pour témoigner une telle ingratitude, et confirmer un tel déni, ils ont jeté leur insolite dévolu sur l’unique ville que l’Empereur Jacques 1er a construite pour en faire la première capitale de cette première République noire de l’histoire universelle, Dessalines-ville, fondée sur l’habitation Marchand, actuellement dénommée Marchand Dessalines.
En l’occurrence, depuis l’année 1997, par un geste en apparence de reconnaissance et de respect vis-à-vis de la mémoire de l’Empereur, le gouvernement d’alors avait opté d’associer la première capitale de la nation haïtienne à la commémoration officielle de l’assassinat de Jacques 1er, qui dans le temps se confinait dans les limites du Pont Rouge, à l’entrée de l’actuelle capitale d’Haïti, Port-au-Prince, là où les balles assassines ont percé le corps physique de l’Empereur qui a été par la suite dépecé pour ensuite éparpiller ses morceaux à travers Port-au-Prince. A la vérité, les activités festives entreprises pour commémorer l’anniversaire de l’assassinat de l’Empereur Jacques 1er le 17 octobre à Marchand Dessalines, ont jeté dans la confusion la population de Marchand Dessalines et tous ceux qui respectent et luttent pour l’application de l’idéal dessalinien dans ce contexte de pays occupé dans lequel se trouve Haïti.
La commémoration du 17 octobre à Marchand Dessalines est devenue une célébration, un rendez-vous de bamboche, de fête et de réjouissance nationale, comme si la vie de l’Empereur était tellement incompatible aux vœux et aspirations des anciens esclaves qu’il faudrait la maudire et se réjouir le jour de sa mort. Notre Haïti d’aujourd’hui, serait-elle dominée par l’esprit de ceux qui ont tramé l’assassinat de l’Empereur, pour que l’anniversaire de sa mort soit considéré comme une journée de réjouissance ?
Il est temps de mettre fin à de tels comportements, pour que la mémoire de l’Empereur Jacques 1er, le souvenir de nos ancêtres redeviennent le guide spirituel que nécessite ce peuple en vue de continuer dans la dignité les œuvres matérielles et immatérielles du Fondateur de la patrie.
Gouvernants et gouvernés, ne nous laissons pas guider par une quelconque inconsciente insouciance qui nous éloigne déjà de la portée de l’histoire et du souci de soupeser nos actes relatifs à la souveraineté nationale ! Arrêtons cette confusion qui nous donne le semblant des dépositaires de l’esprit et des œuvres des parricides !
Redonnons à ce peuple mille fois héroïque l’amour de la patrie, le respect de la mémoire des ancêtres et rallumons en lui la flamme du patriotisme, du nationalisme et de la souveraineté ! Les mânes et nos descendants nous seront reconnaissants.
Que le 17 octobre se commémore dans la dignité, dans le respect de la mémoire du Fondateur de la Patrie haïtienne, du général en chef de l’armée indigène, Jean Jacques Dessalines, en toute sobriété, comme nous le faisons toujours quand nous avons à rappeler la disparition de tout être cher.
14 Octobre 2009
Joseph Pierre LAMOTHE
Coordonnateur général de la
Fondation Dessalines/2004, (FONDESSA)

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