Annoureveye Blog: Let's Wake Up

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L’escargot et le rosier

May 2nd, 2008 · No Comments

Je vous propose cette semaine une histoire ecrite par Hans Christian Andersen comme piece a reflexion. Hum!

 Le jardin était entouré d’une haie de noisetiers et au-dehors
s’étendaient des champs et des prés. Au milieu du jardin fleurissait un
rosier, et sous le rosier vivait un escargot. Et qu’y avait-il dans
l’escargot? Eh bien, lui-même.

–Attendez un peu que mon temps arrive! disait-il. Je ferai des choses
bien plus grandioses que de fleurir, porter des noisettes ou donner du
lait comme des vaches et des moutons.

–À vrai dire, j’attends de vous de grandes choses, approuva le rosier.
Mais puis-je vous demander quand les ferez-vous?

–Je prends mon temps, répondit l’escargot. Vous êtes toujours si
pressé. Attendre est plus excitant. Un an plus tard, l’escargot était
presque au même endroit sous le rosier et se réchauffait au soleil. Le
rosier eut beaucoup de boutons cette année-là, qui devinrent des fleurs
toujours fraîches et toujours nouvelles. L’escargot s’avança.

–Tout est exactement comme l’année dernière. Aucun progrès nulle part.
Le rosier a toujours ses roses, cela ne va pas plus loin. L’été passa,
l’automne aussi et le rosier avait toujours ses boutons et ses fleurs et
il en eut jusqu’à la première neige. Le temps devient froid et pluvieux.
Le rosier se pencha et l’escargot se cacha sous la terre. Puis, une
nouvelle année commença et réapparurent et les petites roses et
l’escargot.

–Vous êtes déjà vieux, Monsieur le rosier, dit-il, vous devrez bientôt
penser à dépérir. Vous avez déjà donné au monde tout ce que vous
pouviez. Que cela ait servi à quelque chose est une autre question, je
n’ai pas eu le temps d’y réfléchir. Mais il est évident que vous n’avez
rien fait du tout pour votre épanouissement personnel sans quoi vous
auriez produit bien mieux que cela. Vous mourrez bientôt et vous ne
serez plus que branches nues.

–Vous m’effrayez, dit le rosier. Je n’y ai jamais réfléchi.

–Évidemment, vous ne vous livrez jamais à la réflexion. N’avez-vous
jamais essayé de comprendre pourquoi vous fleurissiez et comment
seulement cela se produit? Pourquoi cela se passe ainsi et pas
autrement?

–Non, répondit le rosier. Je fleurissais joyeusement, car je ne pouvais
pas faire autrement. De la terre montait en moi une force, et une force
me venait aussi d’en haut, je sentais un bonheur toujours neuf, toujours
grand, et c’est pourquoi je devais toujours fleurir. C’était ma vie, je
ne pouvais pas faire autrement.

–Vous avez mené une vie bien facile, dit l’escargot.

–En effet, tout m’a été donné, acquiesça le rosier, mais vous avez reçu
encore bien davantage! Vous êtes de ces natures qui réfléchissent et
méditent et vous avez un grand talent qui, un jour, étonnera le monde.

–Ce n’est absolument pas dans mes intentions, répondit l’escargot. Le
monde ne m’intéresse pas. En quoi me concerne-t-il? Je me suffis
amplement.

–Mais nous tous, ne devrions-nous pas donner aux autres le meilleur de
nous-mêmes? Apporter ce que nous pouvons? Je sais, je ne donne que mes
roses, mais vous? Que donnez-vous au monde?

–Ce que j’ai donné? Ce que je lui donne? Je crache sur le monde! Il
ne sert à rien! Je me fiche de lui! Vous, continuez à faire éclore vos
roses, de toute façon vous ne savez pas mieux faire. Que le noisetier
donne ses noisettes, les vaches et les brebis leur lait, ils ont tous
leur public. Moi, je n’ai besoin que de moi. Et l’escargot rentra dans
sa coquille et la referma sur lui.

–C’est bien triste, regretta le rosier. Moi, j’ai beau faire, je ne
peux pas rentrer en moi, il faut toujours que je forme des boutons et
que je les fasse éclore. Les pétales tombent et le vent les emporte.
J’ai vu pourtant une femme déposer une petite rose dans son missel, une
autre de mes roses a trouvé sa place sur la poitrine d’une belle jeune
fille et une autre reçut des baisers d’un enfant heureux. Cela m’a fait
bien plaisir, un vrai bonheur. Voilà mes souvenirs, ma vie! Et le
rosier continua à fleurir dans l’innocence et l’escargot à somnoler dans
sa petite maison, car le monde ne le concernait pas. Des années et des
décennies passèrent. L’escargot et le rosier devinrent poussière dans la
poussière. Même la petite rose dans le missel se décomposa… mais dans
le jardin fleurirent de nouveaux rosiers et à leurs pieds grandirent de
nouveaux escargots; ils se recroquevillaient toujours dans leurs
maisons et ils crachaient… le monde ne les concernait pas.
Allons-nous relire cette histoire une nouvelle fois?… Elle ne sera
pas différente.

Tags: Inspiration

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