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	<title>Annoureveye Blog: Let&#039;s Wake Up &#187; character education</title>
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		<title>The Power of Our Thoughts &#8211; Attention a nos pensees!</title>
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		<pubDate>Fri, 16 May 2008 14:04:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mountainwoman</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une autre occasion pour nous de reflechir sur la necessite de preter attention aux idees qui nous occupent l&#8217;esprit. Le texte est de Guy de Maupassant. UN LÂCHE On l&#8217;appelait dans le monde: le «beau Signoles.» Il se nommait le vicomte Gontran-Joseph de Signoles. Orphelin et maître d&#8217;une fortune suffisante, il faisait figure, comme on [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une autre occasion pour nous de reflechir sur la necessite de preter attention aux idees qui nous occupent l&#8217;esprit. Le texte est de Guy de Maupassant.</p>
<p>UN LÂCHE</p>
<p>On l&#8217;appelait dans le monde: le «beau Signoles.» Il se nommait le<br />
vicomte Gontran-Joseph de Signoles.</p>
<p>Orphelin et maître d&#8217;une fortune suffisante, il faisait figure, comme on<br />
dit. Il avait de la tournure et de l&#8217;allure, assez de parole pour faire<br />
croire à de l&#8217;esprit, une certaine grâce naturelle, un air de noblesse<br />
et de fierté, la moustache brave et l&#8217;oeil doux, ce qui plaît aux<br />
femmes.</p>
<p>Il était demandé dans les salons, recherché par les valseuses, et il<br />
inspirait aux hommes cette inimitié souriante qu&#8217;on a pour les gens de<br />
figure énergique. On lui avait soupçonné quelques amours capables de<br />
donner fort bonne opinion d&#8217;un garçon. Il vivait heureux, tranquille,<br />
dans le bien-être moral le plus complet. On savait qu&#8217;il tirait bien<br />
l&#8217;épée et mieux encore le pistolet.</p>
<p>&#8211;Quand je me battrai, disait-il, je choisirai le pistolet. Avec cette<br />
arme, je suis sûr de tuer mon homme.</p>
<p>Or, un soir, comme il avait accompagné au théâtre deux jeunes femmes de<br />
ses amies, escortées d&#8217;ailleurs de leurs époux, il leur offrit, après le<br />
spectacle, de prendre une glace chez Tortoni. Ils étaient entrés depuis<br />
quelques minutes, quand il s&#8217;aperçut qu&#8217;un monsieur assis à une table<br />
voisine regardait avec obstination une de ses voisines. Elle semblait<br />
gênée, inquiète, baissait la tête. Enfin elle dit à son mari:</p>
<p>&#8211;Voici un homme qui me dévisage. Moi, je ne le connais pas; le<br />
connais-tu?</p>
<p>Le mari, gui n&#8217;avait rien vu, leva les yeux, mais déclara:</p>
<p>&#8211;Non, pas du tout.</p>
<p>La jeune femme reprit, moitié souriante, moitié fâchée:</p>
<p>&#8211;C&#8217;est fort gênant; cet individu me gâte ma glace.</p>
<p>Le mari haussa les épaules:</p>
<p>&#8211;Bast! n&#8217;y fais pas attention. S&#8217;il fallait s&#8217;occuper de tous les<br />
insolents qu&#8217;on rencontre, on n&#8217;en finirait pas.</p>
<p>Mais le vicomte s&#8217;était levé brusquement. Il ne pouvait admettre que cet<br />
inconnu gâtait une glace qu&#8217;il avait offerte. C&#8217;était à lui que l&#8217;injure<br />
s&#8217;adressait, puisque c&#8217;était par lui et pour lui que ses amis étaient<br />
entrés dans ce café. L&#8217;affaire donc ne regardait que lui.</p>
<p>Il s&#8217;avança vers l&#8217;homme et lui dit:</p>
<p>&#8211;Vous avez, monsieur, une manière de regarder ces dames que je ne puis<br />
tolérer. Je vous prie de vouloir bien cesser cette insistance.</p>
<p>L&#8217;autre répliqua:</p>
<p>&#8211;Vous allez me ficher la paix, vous.</p>
<p>Le vicomte déclara, les dents serrées:</p>
<p>&#8211;Prenez garde, monsieur, vous allez me forcer à passer la mesure.</p>
<p>Le monsieur ne répondit qu&#8217;un mot, un mot ordurier qui sonna d&#8217;un bout à<br />
l&#8217;autre du café, et fit, comme par l&#8217;effet d&#8217;un ressort accomplir à<br />
chaque consommateur un mouvement brusque. Tous ceux qui tournaient le<br />
dos se retournèrent; tous les autres levèrent la tête; trois garçons<br />
pivotèrent sur leurs talons comme des toupies; les deux dames du<br />
comptoir eurent un sursaut, puis une conversion du torse entier, comme<br />
si elles eussent été deux automates obéissant à la même manivelle.</p>
<p>Un grand silence s&#8217;était fait. Puis, tout à coup, un bruit sec claqua<br />
dans l&#8217;air. Le vicomte avait giflé son adversaire. Tout le monde se leva<br />
pour s&#8217;interposer. Des cartes furent échangées.<span id="more-67"></span></p>
<p>Quand le vicomte fut rentré chez lui, il marcha pendant quelques minutes<br />
à grands pas vifs, à travers sa chambre. Il était trop agité pour<br />
réfléchir à rien. Une seule idée planait sur son esprit: «un duel,» sans<br />
que cette idée éveillât encore en lui une émotion quelconque. Il avait<br />
fait ce qu&#8217;il devait faire; il s&#8217;était montré ce qu&#8217;il devait être. On<br />
en parlerait, on l&#8217;approuverait, on le féliciterait. Il répétait à voix<br />
haute, parlant comme on parle dans les grands troubles de pensée:</p>
<p>&#8211;Quelle brute que cet homme!</p>
<p>Puis il s&#8217;assit et il se mit à réfléchir. Il lui fallait, dès le matin,<br />
trouver des témoins. Qui choisirait-il? Il cherchait les gens les plus<br />
posés et les plus célèbres de sa connaissance. Il prit enfin le marquis<br />
de La Tour-Noire et le colonel Bourdin, un grand seigneur et un soldat,<br />
c&#8217;était fort bien. Leurs noms porteraient dans les journaux. Il<br />
s&#8217;aperçut qu&#8217;il avait soif et il but, coup sur coup, trois verres d&#8217;eau;<br />
puis il se remit à marcher. Il se sentait plein d&#8217;énergie. En se<br />
montrant crâne, résolu à tout, et en exigeant des conditions<br />
rigoureuses, dangereuses, en réclamant un duel sérieux, très sérieux,<br />
terrible, son adversaire reculerait probablement et ferait des excuses.</p>
<p>Il reprit la carte qu&#8217;il avait tirée de sa poche et jetée sur sa table<br />
et il la relut comme il l&#8217;avait déjà lue, au café, d&#8217;un coup d&#8217;oeil et,<br />
dans le fiacre, à la lueur de chaque bec de gaz; en revenant. «Georges<br />
Lamil, 51, rue Moncey.» Rien de plus.</p>
<p>Il examinait ces lettres assemblées qui lui paraissaient mystérieuses,<br />
pleines de sens confus: Georges Lamil? Qui était cet homme? Que<br />
faisait-il? Pourquoi avait-il regardé cette femme d&#8217;une pareille façon?<br />
N&#8217;était-ce pas révoltant qu&#8217;un étranger, un inconnu vînt troubler ainsi<br />
votre vie, tout d&#8217;un coup, parce qu&#8217;il lui avait plu de fixer<br />
insolemment les yeux sur une femme? Et le vicomte répéta encore une<br />
fois, à haute voix:</p>
<p>&#8211;Quelle brute!</p>
<p>Puis il demeura immobile, debout, songeant, le regard toujours planté<br />
sur la carte. Une colère s&#8217;éveillait en lui contre ce morceau de papier,<br />
une colère haineuse où se mêlait un étrange sentiment de malaise.<br />
C&#8217;était stupide, cette histoire-là! Il prit un canif ouvert sous sa main<br />
et le piqua au milieu du nom imprimé, comme s&#8217;il eût poignardé<br />
quelqu&#8217;un.</p>
<p>Donc il fallait se battre! Choisirait-il l&#8217;épée ou le pistolet, car il<br />
se considérait bien comme l&#8217;insulté. Avec l&#8217;épée, il risquait moins;<br />
mais avec le pistolet il avait chance de faire reculer son adversaire.<br />
Il est bien rare qu&#8217;un duel à l&#8217;épée soit mortel, une prudence<br />
réciproque empêchant les combattants de se tenir eu garde assez près<br />
l&#8217;un de l&#8217;autre pour qu&#8217;une pointe entre profondément. Avec le pistolet<br />
il risquait sa vie sérieusement; mais il pouvait aussi se tirer<br />
d&#8217;affaire avec tous les honneurs de la situation et sans arriver à une<br />
rencontre.</p>
<p>Il prononça:</p>
<p>&#8211;Il faut être ferme. Il aura peur.</p>
<p>Le son de sa voix le fit tressaillir et il regarda autour de lui. Il se<br />
sentait fort nerveux. Il but encore un verre d&#8217;eau, puis commença à se<br />
dévêtir pour se coucher.</p>
<p>Dès qu&#8217;il fut au lit, il souffla sa lumière et ferma les yeux.</p>
<p>Il pensait:</p>
<p>J&#8217;ai toute la journée de demain pour m&#8217;occuper de mes affaires. Dormons<br />
d&#8217;abord afin d&#8217;être calme.</p>
<p>Il avait très chaud dans ses draps, mais il ne pouvait parvenir à<br />
s&#8217;assoupir. Il se tournait et se retournait, demeurait cinq minutes sur<br />
le dos, puis se plaçait sur le côté gauche, puis se roulait sur le côté<br />
droit.</p>
<p>Il avait encore soif. Il se releva pour boire. Puis une inquiétude le<br />
saisit:</p>
<p>&#8211;Est-ce que j&#8217;aurais peur?</p>
<p>Pourquoi son coeur se mettait-il à battre follement à chaque bruit<br />
connu de sa chambre? Quand la pendule allait sonner, le petit grincement<br />
du ressort qui se dresse lui faisait faire un sursaut; et il lui fallait<br />
ouvrir la bouche pour respirer ensuite pendant quelques secondes, tant<br />
il demeurait oppressé.</p>
<p>Il se mit à raisonner avec lui-même sur la possibilité de cette chose:</p>
<p>&#8211;Aurais-je peur?</p>
<p>Non certes, il n&#8217;aurait pas peur, puisqu&#8217;il était résolu à aller<br />
jusqu&#8217;au bout, puisqu&#8217;il avait cette volonté bien arrêtée de se battre,<br />
de ne pas trembler. Mais il se sentait si profondément troublé qu&#8217;il se<br />
demanda:</p>
<p>&#8211;Peut-on avoir peur, malgré soi?</p>
<p>Et ce doute l&#8217;envahit, cette inquiétude, cette épouvante; si une force<br />
plus puissante que sa volonté, dominatrice, irrésistible, le domptait,<br />
qu&#8217;arriverait-il? Oui, que pouvait-il arriver? Certes, il irait sur le<br />
terrain, puisqu&#8217;il voulait y aller. Mais s&#8217;il tremblait? Mais s&#8217;il<br />
perdait connaissance? Et il songea à sa situation, à sa réputation, à<br />
son nom.</p>
<p>Et un singulier besoin le prit tout à coup de se relever pour se<br />
regarder dans la glace. Il ralluma sa bougie. Quand il aperçut son<br />
visage reflété dans le verre poli, il se reconnut à peine, et il lui<br />
sembla qu&#8217;il ne s&#8217;était jamais vu. Ses yeux lui parurent énormes; et il<br />
était pâle, certes, il était pâle, très pâle.</p>
<p>Il restait debout en face du miroir. Il tira la langue comme pour<br />
constater l&#8217;état de sa santé, et tout d&#8217;un coup cette pensée entra en<br />
lui à la façon d&#8217;une balle:</p>
<p>&#8211;Après-demain, à cette heure-ci, je serai peut-être mort.</p>
<p>Et son coeur se remit à battre furieusement.</p>
<p>&#8211;Après demain, à cette heure-ci, je serai peut-être mort. Cette<br />
personne en face de moi, ce moi que je vois dans cette glace, ne sera<br />
plus. Comment! me voici, je me regarde, je me sens vivre, et dans<br />
vingt-quatre heures je serai couché dans ce lit, mort, les yeux fermés,<br />
froid, inanimé, disparu.</p>
<p>Il se retourna vers la couche et il se vit distinctement étendu sur le<br />
dos dans ces mêmes draps qu&#8217;il venait de quitter. Il avait ce visage<br />
creux qu&#8217;ont les morts et cette mollesse des mains qui ne remueront<br />
plus.</p>
<p>Alors il eut peur de son lit et, pour ne plus le regarder il passa dans<br />
son fumoir. Il prit machinalement un cigare, l&#8217;alluma et se remit à<br />
marcher. Il avait froid; il alla vers la sonnette pour réveiller son<br />
valet de chambre; mais il s&#8217;arrêta, la main levée vers le cordon:</p>
<p>&#8211;Cet homme va s&#8217;apercevoir que j&#8217;ai peur.</p>
<p>Et il ne sonna pas, il fit du feu. Ses mains tremblaient un peu, d&#8217;un<br />
frémissement nerveux, quand elles touchaient les objets. Sa tête<br />
s&#8217;égarait; ses pensées troubles, devenaient fuyantes, brusques,<br />
douloureuses; une ivresse envahissait son esprit comme s&#8217;il eût bu.</p>
<p>Et sans cesse il se demandait:</p>
<p>&#8211;Que vais-je faire? Que vais-je devenir?</p>
<p>Tout son corps vibrait, parcouru de tressaillements saccadés; il se<br />
releva et, s&#8217;approchant de la fenêtre, ouvrit les rideaux.</p>
<p>Le jour venait, un jour d&#8217;été. Le ciel rose faisait rose la ville, les<br />
toits et les murs. Une grande tombée de lumière tendue, pareille à une<br />
caresse du soleil levant, enveloppait le monde réveillé; et, avec cette<br />
lueur, un espoir gai, rapide, brutal, envahit le coeur du vicomte!<br />
Était-il fou de s&#8217;être laissé ainsi terrasser par la crainte, avant même<br />
que rien fût décidé, avant que ses témoins eussent vu ceux de ce Georges<br />
Lamil, avant qu&#8217;il sût encore s&#8217;il allait seulement se battre?</p>
<p>Il fit sa toilette, s&#8217;habilla et sortit d&#8217;un pas ferme.</p>
<p>      Il se répétait, tout en marchant:</p>
<p>&#8211;Il faut que je sois énergique, très énergique. Il faut que je prouve<br />
que je n&#8217;ai pas peur.</p>
<p>Ses témoins, le marquis et le colonel, se mirent à sa disposition, et,<br />
après lui avoir serré énergiquement les mains, discutèrent les<br />
conditions.</p>
<p>Le colonel demanda:</p>
<p>&#8211;Vous voulez un duel sérieux?</p>
<p>Le vicomte répondit:</p>
<p>&#8211;Très sérieux.</p>
<p>Le marquis reprit:</p>
<p>&#8211;Vous tenez au pistolet?</p>
<p>&#8211;Oui.</p>
<p>&#8211;Nous laissez-vous libres de régler le reste.</p>
<p>Le vicomte articula d&#8217;une voix sèche, saccadée:</p>
<p>&#8211;Vingt pas, au commandement, en levant l&#8217;arme au lieu de l&#8217;abaisser.<br />
Échange de balles jusqu&#8217;à blessure grave.</p>
<p>Le colonel déclara d&#8217;un ton satisfait:</p>
<p>&#8211;Ce sont des conditions excellentes. Vous tirez bien, toutes les<br />
chances sont pour vous.</p>
<p>Et ils partirent. Le vicomte rentra chez lui pour les attendre. Son<br />
agitation, apaisée un moment, grandissait maintenant de minute en<br />
minute. Il se sentait le long des bras, le long des jambes, dans la<br />
poitrine, une sorte de frémissement, de vibration continue; il ne<br />
pouvait tenir en place, ni assis, ni debout. Il n&#8217;avait plus dans la<br />
bouche une apparence de salive, et il faisait à tout instant un<br />
mouvement bruyant de la langue, comme pour la décoller de son palais.</p>
<p>Il voulut déjeuner, mais il ne put manger. Alors l&#8217;idée lui vint de<br />
boire pour se donner du courage, et il se fit apporter un carafon de<br />
rhum dont il avala coup sur coup, six petits verres.</p>
<p>Une chaleur, pareille à une brûlure, l&#8217;envahit, suivie aussitôt d&#8217;un<br />
étourdissement de l&#8217;âme. Il pensa:</p>
<p>&#8211;Je tiens le moyen. Maintenant ça va bien.</p>
<p>Mais au bout d&#8217;une heure il avait vidé le carafon, et son état<br />
d&#8217;agitation redevenait intolérable. Il sentait un besoin fou de se<br />
rouler par terre, de crier, de mordre. Le soir tombait.</p>
<p>Un coup de timbre lui donna une telle suffocation qu&#8217;il n&#8217;eut pas la<br />
force de se lever pour recevoir ses témoins.</p>
<p>Il n&#8217;osait même plus leur parler, leur dire «bonjour,» prononcer un seul<br />
mot, de crainte qu&#8217;ils ne devinassent tout à l&#8217;altération de sa voix.</p>
<p>Le colonel prononça:</p>
<p>&#8211;Tout est réglé aux conditions que vous avez fixées. Votre adversaire<br />
réclamait d&#8217;abord les privilèges d&#8217;offensé, mais il a cédé presque<br />
aussitôt et a tout accepté. Ses témoins sont deux militaires.</p>
<p>Le vicomte prononça:</p>
<p>&#8211;Merci.</p>
<p>Le marquis reprit:</p>
<p>&#8211;Excusez-nous si nous ne faisons qu&#8217;entrer et sortir, mais nous avons<br />
encore à nous occuper de mille choses. Il faut un bon médecin, puisque<br />
le combat ne cessera qu&#8217;après blessure grave, et vous savez que les<br />
balles ne badinent pas. Il faut désigner l&#8217;endroit, à proximité d&#8217;une<br />
maison pour y porter le blessé si c&#8217;est nécessaire, etc.; enfin, nous en<br />
avons encore pour deux ou trois heures.</p>
<p>Le vicomte articula une seconde fois:</p>
<p>&#8211;Merci.</p>
<p>Le colonel demanda:</p>
<p>&#8211;Vous allez bien? vous êtes calme?</p>
<p>&#8211;Oui, très calme, merci.</p>
<p>Les deux hommes se retirèrent.</p>
<p>Quand il se sentit seul de nouveau, il lui sembla qu&#8217;il devenait fou.<br />
Son domestique ayant allumé les lampes, il s&#8217;assit devant sa table pour<br />
écrire des lettres. Après avoir tracé, au haut d&#8217;une page: «Ceci est mon<br />
testament&#8230;» il se releva d&#8217;une secousse et s&#8217;éloigna, se sentant<br />
incapable d&#8217;unir deux idées, de prendre une résolution, de décider quoi<br />
que ce fût.</p>
<p>Ainsi, il allait se battre! Il ne pouvait plus éviter cela. Que se<br />
passait-il donc en lui? Il voulait se battre, il avait cette intention<br />
et cette résolution fermement arrêtées; et il sentait bien, malgré tout<br />
l&#8217;effort de son esprit et toute la tension de sa volonté, qu&#8217;il ne<br />
pourrait même conserver la force nécessaire pour aller jusqu&#8217;au lieu de<br />
la rencontre. Il cherchait à se figurer le combat, son attitude à lui et<br />
la tenue de son adversaire.</p>
<p>De temps en temps, ses dents s&#8217;entrechoquaient dans sa bouche avec un<br />
petit bruit sec. Il voulut lire, et prit le code du duel de<br />
Châteauvillard. Puis il se demanda:</p>
<p>&#8211;Mon adversaire a-t-il fréquenté les tirs? Est-il connu? Est-il classé?<br />
Comment le savoir?</p>
<p>Il se souvint du livre du baron de Vaux sur les tireurs au pistolet, et<br />
il le parcourut d&#8217;un bout à l&#8217;autre. Georges Lamil n&#8217;y était pas nommé.<br />
Mais cependant si cet homme n&#8217;était pas un tireur, il n&#8217;aurait pas<br />
accepté immédiatement cette arme dangereuse et ces conditions mortelles?</p>
<p>Il ouvrit, en passant, une boîte de Gastinne Renette posée sur un<br />
guéridon, et prit un des pistolets, puis il se plaça comme pour tirer et<br />
leva le bras. Mais il tremblait des pieds à la tête et le canon remuait<br />
dans tous les sens.</p>
<p>Alors, il se dit:</p>
<p>&#8211;C&#8217;est impossible. Je ne puis me battre ainsi.</p>
<p>Il regardait au bout du canon ce petit trou noir et profond qui crache<br />
la mort, il songeait au déshonneur, aux chuchotements dans les cercles,<br />
aux rires dans les salons, au mépris des femmes, aux allusions des<br />
journaux, aux insultes que lui jetteraient les lâches.</p>
<p>Il regardait toujours l&#8217;arme, et, levant le chien, il vit soudain une<br />
amorce briller dessous comme une petite flamme rouge. Le pistolet était<br />
demeuré chargé, par hasard, par oubli. Et il éprouva de cela une joie<br />
confuse, inexplicable.</p>
<p>S&#8217;il n&#8217;avait pas, devant l&#8217;autre, la tenue noble et calme qu&#8217;il faut, il<br />
serait perdu à tout jamais. Il serait taché, marqué d&#8217;un signe<br />
d&#8217;infamie, chassé du monde! Et cette tenue calme et crâne, il ne<br />
l&#8217;aurait pas, il le savait, il le sentait. Pourtant il était brave,<br />
puisqu&#8217;il voulait se battre!&#8230; Il était brave, puisque&#8230;&#8211;La pensée<br />
qui l&#8217;effleura ne s&#8217;acheva même pas dans son esprit; mais, ouvrant la<br />
bouche toute grande, il s&#8217;enfonça brusquement, jusqu&#8217;au fond de la<br />
gorge, le canon de son pistolet, et il appuya sur la gâchette&#8230;</p>
<p>Quand son valet de chambre accourut, attiré par la détonation, il le<br />
trouva mort, sur le dos. Un jet de sang avait éclaboussé le papier blanc<br />
sur la table et faisait une grande tache rouge au-dessous de ces quatre<br />
mots:</p>
<p>«Ceci est mon testament.»</p>
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